
De régisseur de théâtre et de films à régisseur de derniers voyages.
Il y a 3 ans, Damien Rullaert, ce passionné de musique et de moto a intégré l’équipe des pompes funèbres Lucas à Enghien.
Avant d’être conseiller funéraire je travaillais dans un tout autre domaine. J’étais régisseur de théâtre et de films. Principalement dans le théâtre jeune public au sein du Théâtre de la Guimbarde. Un régisseur de spectacles est le grand organisateur de représentations artistiques. Son rôle consiste à étudier le projet, puis à définir et à mettre en place les moyens techniques et humains nécessaires à sa réalisation.- Le Théâtre de la Guimbarde crée des spectacles qui mettent en résonance le monde des enfants et celui des adultes. La compagnie s’adresse aux enfants – des tout-petits aux adolescents – et leur offre un moment de rencontre artistique unique qui éveille des émotions et ouvre des questions.
« J’ai pu voyager et faire des rencontres qui ont changé ma vie et ma vision de l’humain. Voir un enfant avec des étoiles dans les yeux, ça n’a pas de prix ! »
« Confronté très jeune à la mort au sein de ma famille, je me suis très vite intéressé au déroulement des cérémonies, aux coutumes, et aux souvenirs que les personnes laissent derrière elles.
J’ai suivi une formation à l’EFP d’Uccle pendant la période covid. Cela a été très difficile pour moi car à l’époque, nous avons dû suivre les cours en visio et cela me perturbait de devoir suivre les cours derrière un écran. Mais j’ai pu rencontrer des chouettes collègues avec qui je suis encore en contact aujourd’hui !
Ma famille n’a pas été trop surprise par mon choix, elle se demandait juste si le théâtre et la musique n’allaient pas trop me manquer, car j’étais tout le temps sur les routes.
Ma musique préférée c’est le métal (Hardcore / Beatdown / Death). J’ai été chanteur dans 3 groupes jusqu’à l’année dernière. Chanter était pour moi un exutoire. Et puis c’était toujours une chouette sensation de voir un public prendre du plaisir et se lâcher le temps d’un concert. La scène et le public me manquent quand même un peu... Ici c’est vrai que je bouge un peu moins. -
Par contre mes copains eux étaient très surpris de ce choix... Et, évidemment, j’ai eu droit à plein de questions sur le métier. Ils étaient aussi inquiets car je suis de nature très sensible et empathique avec les gens. Mais après quelque temps passé en stage j’ai remarqué que je me sentais tout à fait capable de travailler dans ce milieu. Ma mission est surtout de venir en aide aux familles dans des moments de vie très douloureux. Il me tient à cœur que les personnes que je reçois se sentent soutenues et écoutées. Que lorsqu’elles quittent notre funérarium, elles se sentent un peu soulagées. Ce que j’aime le plus dans mon métier, c’est de savoir que les familles sont satisfaites d’avoir été prises en charge par nos services et qu’une fois l’enterrement est terminé, elles sont en paix et soulagées que tout s’est bien déroulé c’est ce qui compte plus à mes yeux. Lors de la prise en charge des familles, j’aime prendre le temps avec elles afin de respecter au mieux leurs différents choix de célébrations. Prendre le temps aussi de les écouter car elles en ont parfois besoin. J’aime aussi prendre soin des défunts et entendre les proches dire: on dirait qu’il/ elle dort, il/elle a l’air apaisé », alors pour moi, la visite et l’au revoir sont réussis !
La prise en charge des enfants ou des adolescents me touche particulièrement car j’étais souvent en contact avec le jeune public dans ma vie d’avant... C’est un métier que je fais avec le cœur. Le matin je suis content de partir travailler et de faire ce que je fais. Je dirais que je trouve l’énergie en venant en aide aux familles. Cela me donne la force d’avancer chaque jour. J’ai également la chance de travailler au quotidien avec une chouette équipe. Si vous pouviez fermer les yeux un instant, former un voeu, qu’est-ce que vous aimeriez apporter ou changer dans le métier ? J’aimerais le rendre moins tabou. Pour moi un enterrement n’est pas forcément triste. Je souhaiterais pouvoir démontrer qu’un enterrement peut être aussi l’occasion de se retrouver et de partager des moments de vie et de bonheur que l’on a vécu ensemble. Je trouve que l’on devrait un peu moderniser la façon d’organiser les cérémonies.
J’aimerais aussi être initié aux bases de la thanatopraxie et suivre des formations pour apprendre à encore mieux prendre en charge les familles en cas de mort difficile (meurtre, perte d’un bébé ou d’un jeune, ...)
Qu’est-ce qui vous a touché le plus depuis votre arrivée dans la profession ?
La prise en charge de famille avec un enfant en bas âge et le sentiment d’impuissance durant la pandémie Covid. J’ai appris le métier durant cette période et cela a été très dur pour moi mais surtout pour les familles qui n’ont pas pu avoir d’enterrement digne de ce nom...
Quel message souhaiteriez-vous faire passer ?
Face à la mort, les mots manquent souvent c’est sûr... ils sont parfois même vides de sens. Et pourtant, parler ou écrire sur cette douleur permet souvent d’avancer. Depuis très petit, je me suis involontairement protégé dans une bulle, des émotions fortes. Mais je sais aussi qu’il est important de s’ouvrir et de parler quand ça ne va pas ! Surtout dans des moments de deuil et de douleur intense ! Je sais que nous vivons tous cela, de manière différente. Mais l’humain, la parole et le partage sont des choses tellement importantes, il ne faut jamais oublier que nous ne sommes jamais seuls.
